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 Ouvrage sur la corrida

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Arkana
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MessageSujet: Ouvrage sur la corrida   Ven 23 Sep - 23:23

Bonjour liste !

je vous envoie ci-dessous la présentation d'un ouvrage qui vient de paraître, en petit tirage, qui semble ne pas avoir d'équivalent sur la corrida !!! vous pouvez demander aux bibliothèques publiques de l'acheter, afin que le plus grand nombre de personnes puissent y avoir accés !

yves

p.s. pouvez-vous faire passer ce message sur les autres listes ?


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Élisabeth Hardouin Fugier

HISTOIRE DE LA CORRIDA EN EUROPE XVIII-XXIE SIÈCLES

Éditions Connaissances et Savoirs

Jusqu'à présent, le sujet était « interdit.à ceux qui n'en ont point de charge et ne sont de la profession ». En conséquence, les aficionados ont rempli des bibliothèques de leurs textes, à vocation littéraire ou touristique, fictions érotiques ou héroïques, exprimant une passion où le taureau ne sert qu'au plaisir que l'homme prend à le mettre à mort. Cette époque est close. L'ardente curiosité de l'auteur analyse les pratiques ludiques et culturelles, artistiques, littéraires, juridiques, médiatiques qu'exploite l'histoire des mentalités. De Coluche à Canetti, de Goya aux publicités, tout est vu et revu, lu et relu, Michel Leiris et Georges Bataille, Hemingway et Montherlant, mais aussi les travaux récents sur la violence et la victimologie. L'auteur suit les politiques sur les gradins, les électeurs dans les sondages, les aficionados dans leurs déclarations, les "empêcheurs de torturer en rond" aux arènes et aux conseils municipaux. Si on les interroge, tout et tous parlent, les taureaux aussi.




PRÉFACE
Maurice Agulhon

On ne dit plus guère « Course de taureaux », on dit Corrida et chacun comprend qu'il s'agit de taureaux, de spectacle , et d'Espagne. De même qu'on ne dit pas -mais l'a-t-on jamais dit ?-« balle au pied », on dit football, c'est de l'anglais, c'est un beau sport d'équipe, et qui vient d'Angleterre. Mais, parti des îles britanniques, le football a de nos jours gagné le monde entier (sans d'ailleurs omettre l'Espagne) tandis que la corrida espagnole n'a guère passé de frontière sauf l'exception dont nous aurons à parler tout à l'heure.

La corrida n'a pas (ou si peu) quitté l'Espagne, et, si elle doit atteindre une notoriété mondiale, ce ne sera pas par sa reproduction en d'autres lieux, mais par l'afflux de visiteurs qui, de mille autres lieux, viendront la voir au sud des Pyrénées.
Pourquoi ces différences ?
C'est que le football peut se jouer partout. Un beau terrain plat, rectangulaire, quelques poteaux de bois comme « buts », un ballon, des règles simples, cela peut s'installer sur tous les continents et s'imiter dans les squares et les cours d'école. On imagine moins aisément des corridas ou des imitations de corrida sans le soleil d'Espagne, le décor des arènes, les dangers antagonistes de la corne et de l'épée, la somptuosité des costumes, les rites subtils du spectacle et les clameurs des spectateurs.
En somme, la corrida est propre au pays où elle a de lointaines traditions et de qui elle tient ses séduisantes ou inquiétantes bizarreries, l'Espagne, Espagne aussi singulière qu'est, comme à nos yeux, l'Europe majoritaire. De là, pour en finir avec ce parallèle commode, une autre forte différence : le football a ses passionnés, et, auprès d'eux, des gens qui l'aiment moins, qui n'ont pas pris la peine d'en apprendre les règles, et qui haussent les épaules devant l'ardeur de ceux qui « tapent dans un ballon ». La corrida aussi a ses passionnés et ses détracteurs. Mais ses détracteurs à elle, ne se contentent pas de hausser les épaules, ils ne sont pas neutres devant le spectacle, ils s'indignent et se fâchent. C'est que -il est bien temps pour nous d'écrire le grand mot- il y a du sang. Le pittoresque ne naît pas seulement de l'exotisme, il tient de la violence, violence acceptée, ritualisée, mais violence de mort. La corrida n'est pas seulement un jeu, ou un sport, donnant lieu à du spectacle massif, elle est, ayant la Mort en prime, l'élément d'une anthropologie plus complexe et profonde que celle de nos loisirs d'européens apaisés. J'allais écrire d'européens civilisés, mais ce serait traiter l'Andalou de sauvage ! Soyons modestement relativiste et disons « civilisés autrement ».


C'est bien parce qu'elle a conscience de la dramatique ampleur de son sujet que l'auteur que nous avons l'honneur de présenter ici a fait un livre si dense et si volumineux. Ce phénomène, qu'elle n'aime pas, elle a, pour le comprendre, rassemblé une documentation abondante, multinationale et multi séculaire. On pourrait même dire qu'elle a accumulé des matériaux pour trois livres possibles
-L'un aurait été sur l'Espagne, espace de l'histoire de la corrida, de ses origines à nos jours, centrés par conséquent sur l'analyse de ses caractères.
-Le second aurait été -normal pour un auteur français et pour son public de lecteurs- la page d'histoire des relations franco-espagnoles au cours desquelles la tentative d'introduction de la corrida en France a eu lieu, avec, comme on le sait, des résultats partiels.
-Le troisième enfin, sautant de l'espace hispano-français à celui de
l'Europe et du monde, se serait présenté comme l'esquisse du traitement de la violence ludique dans la réflexion littéraire.
Esquisse évidemment, le matériau littéraire contemporain étant inépuisable.

Espagne, donc d'abord. La Corrida s'est fixée dans ses règles au cours du XVIIIe siècle, au terme de quelques siècles d'une évolution confuse, bien retracés, auxquels diverses sortes de faits sociaux ont contribué : des combats d'animaux (entre animaux) en petits spectacles de fête populaire ; des « courses » après les animaux, rappelant cette fois la chasse à courre, des meurtres d'animaux dans les abattoirs où sont parfois des foules affamées de viande ; des héros combattants, comme dans les duels et tournois, à la fois aristocratiques et sportifs ; et des foules, « naturellement » avides du spectacle du sang des criminels dont on les pourvoit, l'exécution des criminels ayant normalement lieu en public. De tout cela un peu.
La violence exercée contre l'animal, ainsi exaltée et codifiée a du succès, se développe, car le spectacle est aussi source de profit.
Pour le nourrir il faut produire du taureau. C'est aussi un aspect de la démystification de la corrida sur lequel notre auteur insiste : les aficionados, aimeraient se représenter l'Homme comme combattant une Bête absolument sauvage parce qu'empruntée à la Nature. En fait, le taureau n'est pas prélevé sur des espaces vierges mais provient d'élevages qui fournissent aussi au spectacle une nécessaire et profitable spéculation associée. Ce qui n'empêche pas, bien entendu, la bête d'être dangereuse, parfois mortellement, toujours dramatiquement. L'or et le sang complices en quelque sorte, pour parler symboles, avant qu'on ne les retrouve entrelacés dans le rouge et le jaune de « l'habit de lumière ».Toutes ces analyses seront nouvelles pour beaucoup de lecteurs. Elles sont sévères, ce qui ne les empêche pas d'être convaincantes. Car l'érudition est là, en même temps que la passion. Et peut-être fallait-il la passion pour donner à l'auteur le courage de réunir sur quelque quatre ou cinq siècles l'érudition appropriée, en langue espagnole, française et anglo-américaine notamment.

En France, la corrida est arrivée dans les bagages d'Eugénie de Montijo, épouse de l'empereur Napoléon III. C'était à Bayonne, faubourg Saint-Esprit, en 1853. Le hasard veut que, tout juste trois ans avant, en 1850, sous la Seconde République, la loi Grammont avait constitué en délits les « mauvais traitements » infligés « en public » aux animaux « domestiques ». La loi voulait avant tout protéger les chevaux, noble animal, contre la brutalité incompétente et cruelle des prolétaires improvisés charretiers que réclamaient les grands travaux urbains de Paris. Et l'on pouvait plaider que les taureaux de corrida, tués certes « en public », n'étaient pas vraiment des "animaux domestiques". Soit. Mais les chevaux des « picadores » éventrés par les cornes du taureau avant que celui-ci ne succombe étaient, eux, incontestablement "domestiques". La corrida à l'espagnole tombait donc bien sous le coup de la loi Grammont.
Elle subsista cependant, quoique illégale, pour plaire à l'impératrice et aux aficionados français, parmi lesquels commençait à naître, avec le tourisme, la sensibilité au pittoresque exotique.
Illégalité, donc. Oserons-nous dire que l'Empereur, parvenu au pouvoir par le viol de la Constitution de 1848, qu'il avait, en son temps, juré de respecter, pouvait bien violer la loi Grammont par-dessus le marché ? « Qui peut le plus peut le moins », dit la sagesse populaire. En dépit de cette complaisance initiale, la corrida espagnole arrivée en France n'eut pas de très important succès, malgré les divers épisodes politiques ou juridiques qui nous sont ici relatés. Sauf dans deux petites régions occitanes, la Provence autour du delta du Rhône, et les Landes, où existait une tradition de « course de taureaux » ( « landaise « ou « à la
provençale »), sans grand apparat de spectacle, et surtout sans mise à mort. Le taureau devait, par sa mobilité, défendre les cocardes qu'il portait accrochés à sa tête et à son échine contre leur enlèvement par arrachage au cours de courses surprises et de saut, par d'athlétiques jeunes « razeteur ».Pas de chevaux éventrés, la course était légale, le taureau survivait et s'il avait longtemps gardé ses cocardes, on lui faisait jouer encore la course suivante, jusqu'à devenir un « personnage », une vedette, avec un nom, une réputation, comme un cheval de course en somme. C'était cependant un jeu avec le taureau, donc susceptible de préparer le terrain, en Occitanie, au folklore plus brutal mais combien plus éclatant de l'Espagne. Il y eut donc quelques succès, de l'Espagne aux dépens de la Provence. Et même (notre auteur nous l'apprend) jusqu'à substituer du bétail espagnol au bétail de l'élevage camarguais ! La corrida resta pourtant par excellence espagnole. La ville languedocienne qui en devient la capitale fut Nîmes, grâce à ses immenses et somptueuses arènes et chacun peut savoir que le spectacle actuel de Nîmes autour du taureau s'accompagne d'un folklore bien plus hispanique qu'occitan. Le toreador local, au nom bien français, prend un pseudonyme à consonance espagnole etc. Entre temps, après avoir vécu un siècle en situation juridique contestable et souvent contestée, la corrida avec mise à mort, à l'espagnole, a fini par être légalisée par la Quatrième République. Une loi de 1951 l'autorisait enfin là où une « tradition locale ininterrompue » était attestée.
À ce point, le présent ouvrage touche à l'histoire politique de la France, et pas seulement à celle des animaux et des jeux. La République française n'a-t-elle pas la réputation, souvent prise en mauvaise part, d'être centralisatrice et uniformisatrice ? Or voici qu'une loi est réputée non applicable quand elle risque de trop heurter une opinion régionale, la dite opinion étant censée fidèle à la tradition ! C'est déjà ce qu'avait fait la Troisième République en 1918 en maintenant le Concordat dans l'Alsace-Lorraine recouvrée au lieu de lui appliquer la loi de 1905. La faveur accordée aux catholiques alsaciens a-t-elle consciemment servi de précédent à la faveur, moins prestigieuse, avouons-le, accordée aux aficionados occitans ? Nous ne l'avons pas recherché, et notre auteur non plus ; nous faisons d'ailleurs ce rapprochement irrévérencieux sous notre seule responsabilité.

Le troisième dossier que rassemble l'ouvrage est celui des discours et des discussions, littéraires ou philosophiques, espagnoles ou étrangères (touristiques) sur la corrida. Il apparaît au XVIIIe siècle et il ne cesse de grossir, ce dossier, au fur et à mesure que l'Europe du Nord et l'Amérique, du Nord aussi, au fur et à mesure donc que le Nord découvre, tantôt merveilleuse et tantôtŠdérangeante, la Méditerranée. C'est alors qu'on découvre aussi une étrangeté, dont le pittoresque suprêmement raffiné peut nous séduire esthétiquement, tandis que telle pratique peut rebuter moralement ceux qui sont fidèles aux valeurs pacifiques officiellement reconnues par le XIXe siècle. Contradiction ! J'ai pour ma part dans un essai ancien cité ce grand universitaire parisien qui, au retour d'un voyage en Espagne, convenait qu'il avait assisté à une corrida, qu'il l'avait goûtée et qu'il la trouvait pourtant assez immorale et sanglante pour souhaiter qu'on ne l'importe pas en France (qu'on ne l'autorise pas).
Jusqu'à quel point faut-il effacer les différences de civilisation et de cultures lorsque que leur différence par rapport à nous, gage de leur authenticité, contredit notre éthique normalement universaliste ? Problème toujours renouvelé au fur et à mesure que les continents se connaissent et se mélangent. Pour nous en tenir au monde animal, pensons aux égorgements de moutons, rite musulman de l'Aïd el Kebir.
L'auteur qui les a stigmatisés dans un ouvrage remarqué, relève-t-il de la xénophobie -sentiment fort condamnable - ou d'une sensibilité -relativiste- issue de notre XIX° siècle libéral ? Comme chacun sait, on en discute.


Oui, il arrive bien, comme dans l'ouvrage qu'on va lire, que le folklore, la philosophie et la politique se rencontrent.


Maurice Agulhon
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