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 "L'homme, l'animal et la philosophie"

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Arkana
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MessageSujet: "L'homme, l'animal et la philosophie"   Dim 13 Avr - 15:12

Libé : dossier "L'homme, l'animal et la philosophie"

Annoncé en bas de la couverture de Libération ce jeudi :
"Livres - L'homme, l'animal et la philosophie - Cahier central"
http://www.liberation.fr/php/pages/popupLaUne.php

Je ne sais pas si dans l'édition papier il y a des choses en plus de
l'article ci-dessous.

Antoine

http://www.liberation.fr/culture/livre/320310.FR.php
LIVRES

Si c'est un homme
Zoo- Philosophie . Elisabeth de Fontenay revient à ses réflexions sur
l'animalité et l'humanité.
ROBERT MAGGIORI
QUOTIDIEN : jeudi 10 avril 2008
*Elisabeth de Fontenay* *Sans offenser le genre humain Réflexions sur la
cause animale *Albin Michel, 218 pp. 18 euros.

Une rue de Paris. Le chien, sans laisse, ne s'arrête pas devant la sortie du
parking, d'où aucune voiture d'ailleurs ne venait. Le maître pose les cinq
ou six sacs en plastique qu'il tenait dans ses deux mains, appelle l'animal,
lui crie *«assis !».* Celui-ci s'immobilise, tend son museau, et l'homme lui
décoche un violent coup de poing, de ceux qui mettent K.-O. le boxeur. La
bête gémit, ne bouge pas et tend de nouveau son museau meurtri.
Les passants s'arrêtent un instant, le sang glacé. Pas un mot. Juste des
regards. Les uns de colère et d'écœurement, fulminant la férocité du triste
individu. Les autres pleins de piété pour la souffrance de l'animal.

Il n'est pas douteux, comme l'indiquait *l'Insoutenable Légèreté de l'être
*de Milan Kundera, que la bonté de l'homme ne se manifeste en toute sa
pureté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force, et que le vrai
*«examen de moralité»* de l'humanité se passe dans le rapport qu'elle noue
avec les êtres qui sont à sa merci : les animaux. Mais on devra reconnaître
alors que longtemps, au cours de l'histoire, a triomphé l'inhumanité. C'est
en toute bonne conscience qu'aux bêtes sans âme ni conscience on a infligé
les pires souffrances. Le gémissement de l'animal n'était-il pas que* «du
vent poussé dans un conduit vibrant»* ? Le père Malebranche, à qui
Fontenelle reprochait de battre sa chienne, répondait, tranquille : *«Eh !
quoi, ne savez-vous pas bien que cela ne sent point ?»* Il est vrai que son
maître, Descartes, avait jugé que, de tous les êtres corporels, seuls les
hommes ont une âme. Les animaux, eux, sont des machines, des «automates»,
plus proches d'une horloge que d'un être humain. S'ils sont blessés ou
torturés, s'ils pleurent et geignent, cela ne signifie pas qu'ils éprouvent
de la douleur. Leurs lamentos sont comme les sons d'un orgue dont on a
frappé les touches. Aussi quelques savants, cartésiens extrêmes, ont-ils pu,
raconte-t-on, clouer vivants des chiens sur des planches pour faire des
expériences.

*«Sensations».* Aujourd'hui les choses ont bien changé. La *petmania
*généralisée
- dans les sociétés riches - porterait même à croire qu'elles se sont
inversées, et que parfois on se soucie davantage du bien-être des animaux de
compagnie et des pauvres bêtes que des hommes pauvres, des enfants
maltraités, des vieillards abandonnés, des personnes handicapées, malades,
privées de liberté, soumises à l'exploitation ou à l'injustice. Reste que ce
changement - qu'on peut faire remonter à Jeremy Bentham qui, en 1789 (!),
changeait de façon révolutionnaire l'approche «théorique» des animaux en
écrivant : *«The question is not : can they reason ?* *Nor, can they talk ?
But, can they suffer ?»* - est un progrès, que la mentalité moderne a
intégré le fait qu'est moralement répréhensible et juridiquement condamnable
l'action d'abandonner un animal, de lui faire subir de mauvais traitements,
etc. De plus, les savoirs neurobiologiques et éthologiques, la génétique, la
paléoanthropologie, la primatologie et la zoologie ont sans doute donné une
description plus exacte du comportement animal, mais sans pour autant
arriver à dire ce qu'il «est», ontologiquement, ni tracer une ligne de
démarcation nette entre l'animal et l'homme. Que les animaux aient des
sensations de douleur et de plaisir est à présent obvie. Mais «comment»
souffrent-ils ou jouissent-ils ? Comment l'homme peut-il comprendre ce que
la bête «ressent» quand elle a mal ou éprouve du plaisir ? *«Quel effet cela
fait-il d'être* *une chauve-souris ?»* demandait l'Américain Thomas Nagel
(1). On ne le saura jamais. Mais sait-on jamais ce qu'un autre que moi, un
autre homme, «éprouve» dans la subjectivité de sa conscience ? Si demeure
l'énigme de l'autre, demeure donc, à plus forte raison, l'énigme de
l'animal, en tant qu'«absolument autre», éloigné de l'homme par un
*«abîme»*plus profond, selon Heidegger, que celui qui le sépare de Dieu.
Autant de questions qui ne peuvent pas ne pas convoquer la philosophie. Et,
de fait, depuis quelques décennies, celle-ci a été comme aimantée par le
thème de l'animalité. De ce «mouvement», l'une des actrices principales a
été Elisabeth de Fontenay, qui, en 1998, a publié un ouvrage devenu d'emblée
classique : *le Silence des bêtes* (Fayard). Une «somme», à vrai dire, qui,
plutôt que la réalité humaine, mettait la philosophie, plus particulièrement
la métaphysique humaniste, à l'épreuve de l'animalité, décrivait les modes
selon lesquels ce *«philosophème équivoque»,* avait opéré dans la
discursivité philosophique, et, par référence à ce que Michel Foucault avait
fait pour le «fou» dans l*'Histoire de la folie,* reconstruisait pour
l'«animal» - depuis les présocratiques jusqu'à Adorno, Levinas ou Derrida -
l'histoire de ces *«gestes obscurs […] par lesquels une culture rejette
quelque chose qui sera pour elle l'extérieur».* Aujourd'hui, elle publie
*Sans offenser le genre humain,* un ensemble de «Réflexions sur la cause
animale» qui s'inscrivent dans la suite du *Silence des bêtes,* et traitent,
sur le plan moral et politique, la question, qu'à dessein elle n'avait pas
traitée, de la *«dite différence zoo-anthropologique».* Comment ne pas
*«renier le parti des animaux»,* tenir à la *«responsabilité mystérieuse
d'une bonne volonté envers les bêtes»* et être fidèle à un humanisme
matérialiste qui s'interdirait d'appeler les hommes des *«animaux humains»*
et ne serait pas indexé à un *«propre de* *l'homme»* - *«ce catéchisme
métaphysique, inutile aux humains et nuisible aux bêtes» ? *

*Firmament.* On dit parfois d'Elisabeth de Fontenay qu'elle est comme une
«grande dame de la philosophie française». Si elle a souvent écrit sur *«des
objets non identifiés par la vulgate philosophique»* (2) et publié
relativement peu de livres (3), elle a, à la Sorbonne, impressionné des
générations d'étudiants. Décrire son «firmament philosophique» - où brillent
les étoiles de Jankélévitch, Derrida, Lyotard, Foucault, Merleau-Ponty,
Husserl, Heidegger, et plus loin de Nietzsche, Marx, Diderot, Pascal,
Plutarque… - la situe quelque peu, mais ne dit rien de l'*aura* qui l'a
toujours entourée. Elle tient à la «noblesse» de son port, à son «petit
caractère» aussi, ses colères et ses indignations, à sa façon de parler, à
cette manière surannée et exquise d'appeler les gens par leur prénom et les
vouvoyer, à sa voix surtout. Une voix qui porte et charme, par son timbre
grave. Une voix qui compte, par ce dont elle atteste la présence, ce dont
elle témoigne : la mémoire des femmes et de leurs combats, la mémoire de la
Shoah (*«Je suis juive par ma mère et cinq personnes de ma famille proche
sont mortes à Auschwitz»*), les idéaux de la Résistance (Henri Bourdeau de
Fontenay, son père, directeur de l'ENA et conseiller d'Etat, est le «Seguin»
du Comité parisien de la Libération nationale), les valeurs de la gauche
démocratique et de l'engagement. Aux animaux, Elisabeth de Fontenay a
commencé à s'intéresser il y a plus de vingt ans. C'était sans doute pour
elle une manière de continuer à penser une *«archéologie du silence»,*penser
à ceux qui sont exclus, à ceux que l'on prive de vie, de terre, de monde.
Husserl et Merleau-Ponty l'aident à concevoir que l'animal n'est pas un être
de nature mais qu'il a, justement, un monde, *«peut-être rudimentaire, même
endormi, pour parler comme Leibniz, mais tout de même quelque chose de
l'ordre d'une intentionnalité, donc d'un monde. Quelquefois ce monde peut
croiser le nôtre, et c'est alors le même monde, comme quand on vit avec un
chien ou quand on monte à cheval»* (2). En 1992, elle publie «La raison du
plus fort», longue préface aux *Trois Traités pour les animaux* de
Plutarque, et, six ans après, *le Silence des bêtes.*

*Sans offenser le genre humain* s'ouvre par le commentaire du beau texte de
Derrida, *l'Animal que donc je suis* (Galilée 2006), où le philosophe, nu
dans la salle de bain, regardé ou *vu* par son chat, se trouvé confronté une
*«épreuve inédite de la pudeur».* *«Derrida ne nie aucunement qu'il y ait
quelque chose comme un* abîme *entre les hommes et les animaux - il reprend
même le mot heideggerien.»* Mais les lignes qui les séparent sont des
limites *«feuilletées, plurielles, sur-pliées, hétérogènes»,* qui jamais ne
permettent de déterminer quelque chose *«d'objectivable»,* quand les
traditions métaphysiques trouvaient des démarcations nettes grâce auxquelles
elles pouvaient tout à la fois affirmer le *«propre de l'homme»* et la
*«supériorité assujettissante de l'homme sur l'animal».*

Ce thème, Elisabeth de Fontenay le reprend tout au long du livre, en
critiquant d'une part la naïveté de ceux qui s'en tiennent aveuglément aux
propositions des sciences du vivant, lesquelles, annihilant les précédentes,
trouvent toujours des frontières plus subtiles séparant l'homme de l'animal,
voire *«condamnent la sacro-sainte différence humaine»,* et, d'autre part,
l'inconséquence, sinon la dangerosité, des hérauts de la «libération
animale» (Peter Singer, Paola Cavalieri), prêts, pour élever l'animal, à
rabaisser l'homme. A quoi reconnaît-on l'homme ? *«On est pris de fou rire
en se rappelant la succession des signes immémoriaux et irréfutables»* qu'on
a tour à tour exhibés. L'homme est homme parce qu'il a été *«créé à l'image
et ressemblance de Dieu»,* parce qu'il «a» langage et raison, ou une âme,
parce qu'il s'accouple de face, enterre ses morts, a conscience de sa
finitude, travaille, accède à la technique, est perfectible, ment, imagine,
est libre, capable d'action morale… Mais l'animal construit aussi des
outils, a une intelligence et un sens moral, le chimpanzé parle le langage
des sourds-muets, les *«mésanges anglaises décapsulent les bouteilles de
lait»,* le gibbon est monogame, la mante est cruelle, la fourmi altruiste…
Où est la différence entre *«animaux non humains»* et les *«animaux humains»
*?

*Non-personnes.* La réponse n'est pas dans la biologie, car la question même
est politique. Chercher des signes distinctifs, c'est *«tomber dans le
travers criminel qui conduit à exclure de l'humanité ceux qui ne sont pas
conformes»* à ceux-ci : *«les "sauvages" (qui manquent de rationalité ou
d'historicité), les criminels (qui manquent d'"humanité"), les handicapés
mentaux (qui manquent de liberté et de perfectibilité), les vieillards
amoindris, voire les nourrissons (qui sont dépourvus de tous les caractères
qui font le propre de l'humain).»* Mais effacer tout signe, comme le font
certains théoriciens «utilitaristes», inclure l'animal dans la
*«considération
morale»* et le dire capable de conscience de soi, de préférences, de désirs,
de projets, afin de lui attribuer des droits, revient à classer parmi les
«personnes» les êtres humains adultes, les chimpanzés, les dauphins et
d'autres mammifères supérieurs, et, dans les «non-personnes», les reptiles,
les poissons, les fœtus, les nouveau-nés, les déments, les arriérés… Dans
les deux cas, on *«offense le genre humain».* Aussi, pour l'éviter, faut-il,
même si l'on maintient quelques prérogatives à l'homme telles que la
capacité de jouer avec les symboles, de produire des opinions et des
jugements, d'ouvrir des espaces publics de délibération, renoncer à définir
l'homme, ce qui par là même rend vaine toute tentative de définir ses
«autres», ou bien, *«sans paradoxe, sans provocation»,* s'en tenir à une
*«anthropologie
négative»,* la seule qui soit «éthiquement, politiquement et
scientifiquement» acceptable. A savoir : *«*Affirmer *que l'homme est un
étant qui ne peut ni ne doit être défini.»* Cela suffit à donner aux animaux
le respect, la protection, et aux hommes les droits et les devoirs, le droit
de construire leur vie comme ils l'entendent, et le devoir de le faire sans
saccager celle des «autres», hommes ou bêtes qu'ils soient. A quoi
reconnaît-on un homme ? *«La question est indécente»,* dit Elisabeth de
Fontenay, en évoquant le livre de Primo Levi, *«car chacun sait d'emblée "si
c'est un homme"».* Ceux qui *«ne reconnaissent pas immédiatement leurs
semblables»* n'ont que des préjugés et se croient capables de décider que
*«certaines ethnies, certaines cultures ou certains individus étrangers aux
canons qui sont les leurs ne devraient pas avoir droit à l'existence ou la
visibilité sociale»*.

(1) Thomas Nagel, *Questions mortelles*, PUF 1983 (2) Interview,
*Vacarme*(11, 2000)
* . (3) Notamment les Figures juives de Marx* (Galilée 1973), *Diderot ou le
matérialisme enchanté* (Grasset 1979), *Une tout autre histoire* (Fayard
2006).
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