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 Portrait - Ofir, la terreur des braconniers

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Arkana
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MessageSujet: Portrait - Ofir, la terreur des braconniers   Dim 1 Juin - 22:13

29/05/2008 N°1863 Le Point

Portrait - Ofir, la terreur des braconniers


Ce jeune Israélien traque sans pitié les trafiquants d'ivoire et de faune
sauvage au Cameroun. Son organisation démantèle un réseau par semaine,
malgré les menaces de mort. Une épopée unique en Afrique centrale.


Frédéric Lewino

Dans la camionnette, l'air devient irrespirable. Ofir Drori sent la sueur
couler sur son visage. Autour de lui, les douze gendarmes suent également à
grosses gouttes. En cette fin d'avril, la chaleur moite de Brazzaville n'y
est pourtant pour rien. La raison de cet état, c'est la peur ! La grosse
peur de se faire attaquer dans ces rues étroites par une bande d'hommes
armés. Pourtant, c'est le jeune Israélien qui encourage ses compagnons. Il
leur répète que leur devoir leur impose de perquisitionner la villa du
trafiquant d'ivoire arrêté en ville une heure plus tôt. Voilà six ans que
cet homme d'allure fragile, mais à la volonté de fer, a fondé l'organisation
Laga (Last Great Ape Organization), afin d'obliger les autorités à appliquer
la législation antibraconnage. La camionnette freine brutalement devant le
logis du trafiquant. Ofir jette un coup d'oeil nerveux vers l'arrière :
aucune voiture ne les suit. « Nous avons trois minutes pour saisir la
marchandise illégale. Au-delà, des amis du trafiquant, alertés, peuvent nous
tomber dessus », explique l'ancien officier israélien. Le commando est
reparti, sain et sauf, avec 40 kilos d'ivoire et des peaux, de quoi envoyer
le trafiquant en prison durant des années, sauf... corruption.

C'est que le Congolais arrêté n'est pas n'importe qui. Il s'agit de François
Ikama, sculpteur célèbre et père d'un homme d'affaires proche de l'actuel
gouvernement. En préparant le traquenard, Ofir s'était bien gardé de le
préciser aux gendarmes, de peur qu'ils ne refusent de coopérer. Avec raison,
car en apprenant son nom certains voulaient le relâcher immédiatement. Sans
un capitaine ayant le sens du devoir, l'opération aurait capoté. Le
lendemain, Ofir se rendra lui-même à la prison pour s'assurer de la présence
d'Ikama. Déjà, un général avait fait pression pour le faire libérer...

Cette opération est la première qu'Ofir Drori mène hors du Cameroun, où il a
fondé Laga en 2002. Avant sa venue, jamais aucune condamnation n'avait été
prononcée dans ce pays, malgré une réglementation très stricte sur la
protection de la faune. En 2007, Laga a mené 294 enquêtes ayant débouché sur
48 arrestations. Parmi les objets saisis : 1 220 perroquets gris à
l'aéroport de Douala (valeur 800 000 dollars), un hippopotame vivant de 600
kilos en partance pour le Pakistan, plusieurs centaines de kilos d'ivoire,
des dizaines de peaux de lion et de panthère, mais aussi des mains et des
têtes de gorille, et plusieurs bébés chimpanzés. En 2006, Laga fit un de ses
plus beaux coups : 3,5 tonnes d'ivoire saisies à Douala avant leur
expédition pour la Chine. Mais les douaniers ont laissé partir les
trafiquants chinois, protégés en très haut lieu... Un tableau de chasse
inégalé dans toute l'Afrique, qui vaut à Laga une renommée mondiale. En juin
2007, elle a reçu la plus prestigieuse des récompenses, décernée par la
Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de
flore sauvages menacées d'extinction).

Un activiste franc-tireur

De retour à Yaoundé après son expédition réussie à Brazzaville, Ofir nous
reçoit dans son appartement. Celui-ci est coupé en deux par un rideau. D'un
côté, il y a son coin de vie, partagé avec sa femme, une primatologue
française ; de l'autre, son QG, occupé, le jour, par la douzaine de
Camerounais membres de son organisation. Rien à voir avec le confort d'une
ONG occidentale. Mais cet Israélien a toujours été un franc-tireur. En 2002,
quand il débarque au Cameroun, voilà déjà plusieurs années qu'il bourlingue
en Afrique. Il y visite à pied d'innombrables tribus, à qui il demande
l'hospitalité. Il dort en pleine nature avec les lions. Il entame une
traversée de l'Afrique avec un dromadaire. « Mon hymne, c'est "Ma liberté",
de Moustaki », confie-t-il. Fervent défenseur des droits de l'homme,
admirateur tout à la fois de Gandhi et de Che Guevara, il parcourt les camps
de réfugiés et les zones de conflits, leur consacrant des articles dans la
presse israélienne. C'est ainsi qu'un beau jour il débarque au Cameroun pour
écrire un reportage sur le trafic de viande de brousse. Une sinécure,
croit-il.

Dans un village, un braconnier lui propose d'acheter une jeune femelle
chimpanzé pour 100 000 francs CFA (150 euros). « Elle était enchaînée,
prostrée. On aurait dit un rat. J'ai couru chez le représentant local du
ministère de la Faune, mais il m'a répondu qu'il ne voulait pas d'histoire
avec les braconniers, me conseillant d'acheter le chimpanzé pour le libérer
! » se souvient Ofir. Scandalisé, il revient à son hôtel. « Dans la nuit, je
me suis mis à rédiger fiévreusement un plan d'action pour la lutte contre le
trafic d'animaux. C'était le programme de Laga ! » Il retourne voir le
vendeur, décidé à lui arracher l'animal. Il lui fait lire l'article de loi
stipulant une peine de prison de trois ans pour la vente illégale d'un
chimpanzé et lui fait croire qu'une voiture est déjà partie de Yaoundé pour
l'arrêter. « Quand j'ai ajouté que je pouvais encore stopper l'affaire s'il
me remettait l'animal, il m'a fait signe qu'il était d'accord. » Le bluff a
payé, Ofir s'enfuit à moto avec le chimpanzé, qu'il baptise Future. Sa
vocation d'activiste est née.

Les débuts de Laga sont difficiles. Ofir n'a pas d'argent, ne connaît
personne et, surtout, refuse d'emprunter les chemins battus et parfois
frelatés des grandes ONG occidentales. Il exclut ainsi de verser le moindre
pot-de-vin dans un pays où il faut en régler dix par jour. « Nous ne
possédons pas de 4x4 japonais et, surtout, Laga n'emploie aucun étranger
d'abord préoccupé de sa carrière professionnelle. » Et vlan pour le WWF et
consorts ! Peu à peu, il rassemble autour de lui une équipe de Camerounais
motivés pour stopper coûte que coûte la grande tuerie. Voici Marius,
l'étudiant qui travaille avec les pygmées, Julius, le policier, Vincent,
l'ex-journaliste, Josias, le professeur d'histoire et de géographie qui veut
libérer les gens de leur ignorance, Eunice, la femme de ménage devenue
étudiante, Doma, la retraitée, Soné, qui a étudié aux Pays-Bas... C'est une
grande famille dont chaque membre connaît exactement son rôle. Ofir est un
as de l'organisation. Il y a les enquêteurs, qui piègent les trafiquants en
se faisant passer pour des acheteurs ; les juristes, qui mobilisent et
assistent les autorités camerounaises tout au long de la procédure juridique
; et, enfin, les communicants, qui informent immédiatement la presse de la
moindre arrestation. « Dès qu'une affaire est évoquée à la radio ou dans le
journal, cela met la pression sur les juges et les policiers. Du coup, ils
hésitent à se laisser corrompre par les trafiquants », explique le rusé
Ofir. Aujourd'hui, Laga bénéficie de l'appui officiel du gouvernement
camerounais.

La sonnerie de son portable retentit. Un grand sourire éclaire son visage. «
On l'a arrêté ! Il s'est présenté à la banque juste avant la fermeture ! »
crie-t-il à la ronde. Tout le monde se précipite pour féliciter Soné, car
c'est lui qui est à l'origine de cette arrestation. Parmi les enquêteurs, il
est chargé de débusquer les trafics illégaux sur Internet. « Voilà quelques
jours, j'ai répondu à une annonce proposant la vente d'un jeune chimpanzé.
Le trafiquant m'a fait parvenir la copie d'un certificat de la Cites
visiblement falsifié. Ce qui est un crime passible de prison. Pour le
piéger, je lui ai écrit que j'avais viré l'argent réclamé à une banque
camerounaise qui travaille souvent avec nous. » Depuis le matin, Kennedy,
juriste à Laga, deux policiers et un agent du ministère de la Faune
guettaient la venue du falsificateur pour l'alpaguer. C'est chose faite. A
tous les stades de la procédure, Kennedy devra veiller à ce qu'aucune
tentative de corruption ne puisse se produire. Il ira même voir le criminel
dans sa cellule pour vérifier sa présence.

Sortir l'Afrique de ses ornières

Ofir stimule sans relâche ses troupes, obnubilé par l'efficacité. Chaque
centime versé par ses bailleurs de fonds (Banque mondiale, Foreign Office,
Nations unies, etc.) doit être bien employé. Cet homme émacié est doté d'une
énergie prodigieuse. Son combat contre le braconnage n'est pour lui qu'un
premier pas dans une croisade beaucoup plus vaste qui a pour objectif de
sortir l'Afrique de ses ornières. Pas moins... Avec Marius, il a créé une
deuxième organisation, destinée à lutter contre la corruption. Décidément,
le lascar n'a peur de rien. Pas même des menaces de mort. Du reste, il
encourage chacun des membres de Laga à voler de ses propres ailes au bout de
deux ou trois ans passés dans l'organisation, à créer sa propre ONG pour
défendre les femmes, les défavorisés ou toute autre cause, du moment qu'il
s'agit de changer la société. « Je suis un missionnaire de l'activisme »,
aime-t-il à répéter.

De temps à autre, Ofir retourne voir son premier amour, Future. Le bébé
chimpanzé apeuré est devenu une jeune femelle espiègle vivant dans un
sanctuaire protégé. Dans un an ou deux, elle sera prête pour le grand retour
dans la forêt, afin d'y trouver un partenaire. Quoique abandonné, Ofir sera
le plus heureux des hommes. La liberté avant tout.

www.laga-enforcement.org.

Eunice au pays des horreurs

Quand Ofir rencontre Eunice, cette jeune fille gagne sa vie en faisant des
ménages. Il en fera une de ses meilleures enquêtrices. Dans un texte
émouvant, elle raconte comment il l'a jetée dans le bain. Extraits.

« Au marché de Bertoua, je suis allée trouver une femme qui vendait de la
viande de brousse : singes, porcs-épics, cochons sauvages... Je lui demandai
si elle avait de la tortue pour ajouter à ma soupe. Elle me répondit que je
devais attendre une semaine pour qu'elle puisse passer commande aux
chasseurs. Elle me demanda si je voulais seulement de la viande fumée ou
également de la vivante. Elle me dit qu'elle pouvait me conduire à un
trafiquant vendant des gorilles vivants. Je lui dis que j'allais téléphoner
à un homme blanc pour lui demander s'il avait besoin d'un gorille vivant. »

Après un petit tour dans le marché, Eunice revient voir la vendeuse. « La
femme arrangea le prix de deux bébés gorilles pour 120 000 francs CFA
[environ 180 euros]. Je lui répondis de me les céder pour 100 000 afin de
faire mon bénéfice en les revendant à l'homme blanc. »

Le lendemain, Eunice et la femme se mettent en route pour le village des
vendeurs. « Elle me présenta à deux trafiquants qui m'emmenèrent dans une
cuisine où les gorilles étaient enfermés. Ils étaient très petits et
s'étreignaient l'un l'autre. Il y avait là cinq hommes à qui j'expliquais
que je venais de Yaoundé pour acheter de la viande fumée et que par chance
j'avais rencontré cette gentille femme qui m'avait amenée à eux. Je savais
qu'ils me suspectaient d'être une espionne, mais je gardais mon courage. Je
leur donnai mon nom et mon numéro de téléphone (tous faux). Leurs yeux
étaient fixés sur moi, douze yeux incluant ceux de la femme, pour voir si
j'étais une espionne ou une partenaire de business sérieuse. »

Eunice finit par les convaincre de livrer les deux gorilles à Yaoundé en car
afin qu'Ofir puisse les faire intercepter en route par la police.

« Voyant la police, le trafiquant me dit de ne pas paniquer. Pour lui,
l'argent résout tous les problèmes. Il prit la boîte en carton, descendit du
car et la plaça entre ses jambes. Personne ne fit attention à lui à cause de
l'obscurité... Ofir vint jusqu'à moi et me demanda en français : "Toi, tu
parles anglais ?" Il demanda à la police de me conduire dans une petite
pièce de façon que je puisse lui indiquer où les gorilles se trouvaient....
Devant le vendeur, Ofir continua à m'insulter et à dire que j'irais en
prison avec mon mari, me traitant de voleuse... Je tremblais. »

Une comédie pour cacher au trafiquant le rôle d'Eunice. Celui-ci sera arrêté
et condamné. La jeune Camerounaise aura réussi son baptême du feu.
Aujourd'hui, elle étudie en Angleterre, où Ofir lui a trouvé une bourse.
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